| Le
procédé
La lithographie consiste à reproduire un dessin exécuté sur
une pierre calcaire à grain très fin. Le même résultat
peut être obtenu via une plaque de zinc. On doit le procédé
à Aloys Senefelder, imprimeur praguois établi à Munich, qui
imagine une gravure à plat en 1796, en utilisant les propriétés
de l'incompatibilité entre la graisse et l'eau. (L'encre, corps gras, ne
se dépose pas sur une surface humide mais est attirée par une surface
grasse). La lithographie permet la mise en couleur,
mais il est nécessaire de dessiner autant de pierres ou de zincs que de
couleurs. Le procédé plait immédiatement aux artistes, au
près desquels son succès ne s'est jamais démenti. Beaucoup
plus riche que l'impression quadri actuelle, il n'est pas rare d'appliquer jusqu'à
12 couleurs, dont l'or
et l'argent. Cette richesse donne aux lithographies et aux chromolithographies
une qualité graphique et une finesse exceptionnelle.
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L'invention
de la chromolithographie publicitaire
Pour la plupart de la taille d'une carte de visite, elles naissent autour des
années 1870 en Europe, et connaissent un énorme succès jusqu'à
la veille de la 2ème guerre mondiale. Inventées par les nouveaux
industriels qui avaient compris l'importance de la publicité, elles popularisent
considérablement des produits nouveaux ou de luxe tels que le chocolat,
le sucre, l'extrait de viande (ex. Liebig),
ou des concepts de vente révolutionnaires, tels que les grands magasins
(ex. le Bon Marché). Les chromolithographies obtiennent auprès des
enfants collectionneurs un succès quasi immédiat. Les fabricants
éditent des images renouvelées hebdomadairement : séries
à compléter sur les thèmes les plus variés en rapport
ou non avec le produit vendu, explication des processus industriels,
des travaux agricoles, scènes de la vie quotidienne, scènes charmantes
de gourmandise,
chromos instructifs sur la géographie de la France et ses ressources,
saynètes comiques en plusieurs épisodes. Beaucoup d'images sont
imprimées vierges de toute publicité, puis surimprimées à
la demande du client, en général de petits commerçants ne
pouvant se permettre de faire faire des modèles exclusifs comme les grands
magasins. Il n'est donc pas rare de trouver la même image "faisant
la réclame"
pour des établissements différents. A l'heure actuelle, les
chromolithographies publicitaires anciennes font l'objet de collection. Bien qu'imprimées
à très grand tirage, elles sont maintenant de la plus grande rareté.
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Le
sucre et la betterave dans la chromolithographie publicitaire
Au 19ème siècle, les fabricants de sucre de canne et de betterave
s'affrontent commercialement : le sucre
de canne, connu depuis des millénaires et traditionnellement fourni
aux Français par ses colonies, et le jeune sucre
de betterave, né avec ce siècle, destiné d'abord a suppléer
la pénurie de sucre de canne due aux mésaventures napoléoniennes,
ensuite à agrémenter nourriture et boissons à un prix enfin
raisonnable. Produit alors en pleine expansion
commerciale, prisé par les enfants autant que les parents, il est donc
naturel que l'on retrouve le sucre, sa fabrication et son utilisation
dans les chromolithographies. Notons qu'aucun fabricant de sucre n'a jamais,
à notre connaissance, fait imprimer de chromolithographie à sa gloire
ou a celle de son produit.
D'une manière générale, la publicité pour le sucre
n'est apparue que postérieurement à la vogue des chromolithographies.
Paradoxalement, nous devons donc tous les chromos liés à la filière
sucre à des fabricants de produits alimentaires ou de magasin ayant
peu rapport avec cette filière. Ils nous ont légué plusieurs
centaines d'images, que nous collectionnons désormais pour le plaisir de
vos yeux.
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